Alexandre Grothendieck était bien plus qu’un « grand mathématicien français ».

En dehors de la « communauté mathématique » peu de personne connaissaient Alexandre Grothendieck, pourtant l’un des plus grands mathématiciens des temps modernes. Il a ouvert un pan entier des mathématiques et une manière de revisiter et de réunifier le « monde » dans lequel travaillent les mathématiciens. Il a fait ce qu’un certain Einstein a réalisé dans le « monde » de la physique.
Il a obtenu la médaille Fields, l’équivalent du prix Nobel de la paix et le Prix Crafoord créé par l‘Académie royale de Suède. Cependant Grothendieck était largement au dessus de ce type de reconnaissance. Le prix Nobel, il l’a mis dans une vente aux enchères en soutien au peuple vietnamien en lutte contre l’invasion américaine et le second lui servait de casse-noisette « très efficace » d’après l’un des ses élèves…
Rien que pour ses travaux, on aurait pu s’attendre a ce qu’un hommage national lui soit fait. On aura eu que quelques rares expressions politiques et deux phrases nébuleuses et médiocres de l’Élysée.
Il faut dire que A. Grothendieck avait la tare d’être un écologiste qui s’est applique jusqu’au bout ses principes et d’avoir quitte la « communauté mathématique» créant une blessure en son sein.
Il avait aussi probablement la tare de n’avoir pas été PDG de Total mais d’au contraire avoir été un pacifiste et antimilitariste qui a quitte l’IHES pour protester du fait qu’elle puisse être financée par la défense.
Grothendieck a toujours été un « libertaire » dans sa tète au sens qu’il arrivait à penser de manière « libre » et « autonome », sans se voire intoxiqué par la pensée commune. C’est ainsi qu’il était arrivé à repenser le monde dans lequel vivaient les mathématiciens depuis des siècles pour en proposer un autre plus vaste mais permettant d’appréhender encore mieux la complexité du réel.
Cette pensée il l’a appliquée aussi au monde qui nous entoure et avait été précurseur dans le développement des idées écologistes dans les années 70. Repenser le monde pour trouver une manière d’y vivre le rendant plus vaste aux hommes tout en le préservant afin de mieux appréhender les difficultés du réel, n’est ce pas la une définition possible de l’Ecologie ? On pourrait appeler ça « l’Ecologie Grothendickienne ».
Malheureusement, toute la puissance de son imagination ne lui a pas permis de trouver a l’époque les réponses réelles au défis poses par notre mode de développement. Oui, contrairement au monde des mathématiques, mieux comprendre le monde réel n’est pas suffisant pour le changer.
La spécialisation et séparation entre mathématiques, physique, philosophie ou sciences humaines est récente. La motivation que Grothendieck avait de faire des mathématiques était portée par son « amour » de la chose. Cependant, comme il l’explique, ce travail n’a pas de sens s’il est individuel. Il n’a de sens que comme contribution individuelle à une construction collective et humaine. Le scientifique doit être dans le monde et pas seulement au sein de sa « communauté universitaire ».
Séparer ce qui serait « intérêt scientifique » et ce qui serait intérêt aux préoccupations et vie quotidienne des hommes et femmes n’est qu’une construction artificielle conséquente du mode d’organisation « communautaire » du milieu scientifique.
Cette séparation « artificielle » limite ou une ampute tout une part de la réflexion et de l’engagement scientifique. Encore à l’IHES, il avait tenté de s’ouvrir à la biologie et d’introduire un travail inter-disciplinaire. En quittant l’IHES, il s’est impliqué dans la réflexion sur la question écologiste en initiant avec d’autres collègues mathématiciens et physiciens la revue « Survivre et vivre ».
Ce que beaucoup ont considéré comme un arrêt ou un départ, n’était pour lui qu’un changement de priorité ou de thématique. C’est juste qu’il n’entrait plus dans les cases ou normes mis en place par la « communauté universitaire ». D’ailleurs, quand il a voulu reprendre un peu l’aspect mathématique de sa recherche, il avait fait un projet de recherche (resté « légendaire ») qu’il a envoyé pour postuler au CNRS.
A la fin de sa vie, A. Grothendieck s’est isole progressivement porté par l’intérêt qu’il avait pour ce qu’il appelait la « méditation » lui permettant une introspection sur lui-même mais toujours comme partie d’une réflexion collective sur le fonctionnement de l’humain.
Les notes mathématiques et le livre de réflexions « Récoltes et semailles » qu’il laisse en héritage prouve bien qu’il est toujours resté fidèle à son souci d’agir dans le monde. Son livre est un œuvre inclassifiable, un témoignage « hors du commun » où un homme essaie de livrer aux autres, la plus profonde et la plus honnête description de ce qu’il a pu être ou penser. Avec bien sur toute la limite que peu avoir un tel exercice.
En comprenant la logique de Grothendieck dans sa vision et analyse de la marche du monde, on comprend que son « retrait » n’en était pas un.
Son acte était un acte politique et philosophie immanent. Il a été jusqu’au bout de sa vie fidèle à ses idées et convictions.
C’est en tout cas comme cela que je comprends le message qu’il a essaye de faire passer. Sa mort et l’exemple qu’il laisse par sa vie est l’une des « semailles » qu’il a planté en espérant que ceux qui défendent des idées semblables aux siennes sauront la « récolter ».
Reconnaissons que Grothendieck était non seulement l’un de nos « plus grands mathématiciens » mais aussi l’un de nos « grands hommes ». Non seulement par son apport aux sciences mais aussi par le message « hors du commun » qu’il laisse aux générations futures.
Faisons que son œuvre soit reconnue et transmise dans sa globalité et ceci autant dans son aspect mathématique que humain.

F. Sarkis

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