De quoi le Front National est-il le nom ?

communautés

En France (mais pas seulement en fait), on ressent une ambiance « électrique ». La défiance est partout, désaffection du politique, sentiment d’impuissance à agir face aux difficultés, affaiblissement de la cohésion de la société, montée de l’individualisme…
C’est un véritable « mal être » qui traverse notre société dont on a du mal à expliciter les mécanismes. Chacun y va de son analyse :
Pour les uns c’est à cause de l’Europe, pour d’autres c’est à cause des étrangers qui menacent l’identité nationale, pour d’autres encore c’est le capitalisme, etc…

Si on est autant incapable de trouver la cause profonde de la désintégration de la société française c’est que la cause est ancrée au plus profond de notre mode de vie et de développement.

Sous l’impact du productivisme et de la recherche de la productivité maximale, le monde va de plus en plus vite. Les transformations qui mettaient une génération à modifier les usages et modes de vie se font maintenant en quelques années. Dans le milieu professionnel, il faut évoluer sans cesse, apprendre en continue. Dans la vie quotidienne, le numérique a transformé les usages et y compris le rapport à l’administration ou aux institutions.

De plus, avec la modernité et la société de consommation, on a déshabillé l’individu en pensant que l’Etat d’une part et l’entreprise d’autre part pouvait répondre à l’ensemble des besoins. On a ainsi fragilisé l’ensemble des liens sociaux et des communautés (familiales, de village ou de quartier, syndicales, religieuses etc…) qui apportaient une protection et des systèmes d’entraide non marchand.

Dans une société qui va aussi vite et si peu résiliente, dès qu’on est hors de la norme, on est vite dépassé et alors on se retrouve alors seul sans les moyens ou les codes pour s’en sortir.
A défaut de trouver protection auprès de l’Etat ou du système économique, il est naturel que nos concitoyens soient en quêtes identitaires et communautaires pour essayer de trouver à leur niveau des moyens de rétablir de la cohésion et de la coopération dans un monde qui s’écroule sous leurs pieds.

Cependant, la difficulté est double. Les protections communautaires, si elles peuvent être un bien, dans un contexte de crise économique, peuvent se transformer en repli identitaire, en mouvements de rejets ou en mouvements sectaires.

Le discours du Front-National par exemple, surf sur ce mal-être pour expliquer que sa cause serait la présence de « l’autre » dont la culture est différente. « L’autre », surtout quand il a une religion, une couleur de peau ou une tenue vestimentaire autre, est beaucoup plus facile à pointer du doigt que les mécanismes profonds induits par la modernité et la société de consommation dont laquelle nous sommes nés. C’est pourquoi la réponse aux discours du Front National n’est pas simple et ne peut pas se faire uniquement par l’appel à l’anti-racisme et au « front républicain ».

La réponse doit se faire en expliquant, même si cela est complexe de premier abords, que le mal-identitaire est le produit d’une société de consommation individualiste et où c’est la compétition plutôt que la coopération qui est la règle. Et aussi, en proposant des solutions permettant de lier communauté et communautés dans un même espace de coopération et de vie en commun.

Au canada, l’Economie Sociale et Solidaire est appelée « économie communautaire »… Pour recréer communauté sans créer de guerres communautaires, il faut arriver à créer des communautés transverses permettant de faire le lien entre les gens et d’apporter de la coopération.
Au niveau local, quand élu à Colombes, j’ai soutenu la création de jardins partagés, beaucoup ne comprenaient pas le pourquoi de la chose et en quoi ce type de « micro-projet » pouvait valoir la peine. Or, c’est en multipliant les lieux de rencontre et de construire ensemble qu’on arrivera à recréer les protections communautaires et la résilience que notre modèle de développement à mis à bas.

Bien sûr, les solutions « par le haut » ne sont pas à négliger, mais il faut prendre le problème par les deux cotés sinon nous n’y arriverons pas (je reviendrais ce sur point dans un prochain article…).

En ce qui me concerne, n’étant plus élu, la priorité est de réaliser à Colombes cette « transition écologique » que je viens de vous décrire et qui a toujours été ma motivation. C’est en travaillant chacun localement à mettre en place de telles solutions qu’on reconstruira progressivement une société bienveillante et coopérative répondant aux défis du présent.

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