Suite au tsunami politique de la dernière élection présidentielle, le paysage politique a volé en éclat laissant place à de nombreuses tentatives de recompositions idéologiques et politiques.

L’approche de l’élection présidentielle va nécessairement faire ressortir les thématiques jugées fondamentales par les français. Bien sûr, la crise sanitaire et la stratégie vaccinale associée risque d’être une thématique majeure.

Ceci non seulement parce qu’on n’a probablement pas fini avec ce virus, mais aussi parce qu’il bouleverse au plus profond le quotidien des français. Si ces derniers ne sont pas allés voter aux dernières élections, peut-être est-ce que les enjeux leur paraissaient dérisoires ?

Les décisions fortes qui sont prises, modifient notre mode de vie au quotidien et ceci de manière concrète et immédiate.

Ceci alors que depuis de nombreuses années, les politiques publiques apparaissaient comme impuissantes à changer le réel. Et ceci aussi bien sur les défis économiques, écologiques ou sécuritaires.

Une fracture politique commence à se dessiner.  D’une part, une vision hyper-individualiste qui n’entend le collectif qu’en ce qu’il lui apporte.  D’autre part une vision progressiste qui est prête à changer les comportements pour répondre aux défis collectifs qui se posent.

Traditionnellement, on dit souvent que la gauche met le collectif avant l’individu et la droite le contraire. Or  aujourd’hui, c’est le macronisme qui se prévaut de défendre l’intérêt collectif sur le particulier alors qu’extrêmes gauche et droite défendent une supposée liberté individuelle absolue.  

Alors que le macronisme paraissait très marqué par le libéralisme anglo-saxon, il s’ancre aujourd’hui dans la tradition politique française des lumières prenant à contre-courant les partis de gauche traditionnels. Cette évolution a pu se matérialiser sur la question de la laïcité et du séparatisme et se confirme aujourd’hui sur la question sanitaire.

En effet, en plus d’être le pays de Pasteur, cette pandémie remet la science et la méthode scientifique au cœur du débat et de la prise de décision. Cela s’illustre par la place qu’ont pris les médecins et épidémiologistes sur les plateaux de télévision, mais plus structurellement par la création d’un « conseil scientifique », base des décisions gouvernementales.

Plus globalement, malgré les atermoiements du début où les données les scientifiques étaient trop peu nombreuses, la méthode scientifique a su créer un consensus au sein de la communauté scientifique sur l’importance de la vaccination.

Les sondages montrent que la très grande majorité des français sont favorables au vaccin et donc que la parole scientifique garde une légitimité bien plus importante que celle que peuvent avoir les politiques.

Cependant, si dans la communauté scientifique il y a consensus, ce n’est pas le cas dans la société où même minoritaires, les personnes sceptiques sur le vaccin restent nombreux et se radicalisent comme le montre le succès croissant des manifestations contre le pass sanitaire.

Depuis l’antiquité en passant par Descartes et les Lumières, nos sociétés ont été innervés par la « méthode scientifique ».  Or ici, alors que les études scientifiques montrent l’écrasante efficacité individuelle et collective de la stratégie vaccinale, la défiance envers celle-ci persiste alors que la seule alternative efficace que l’on connaisse est le confinement….

La défiance qui ronge notre société est aujourd’hui amplifiée par les réseaux sociaux mettant tous les discours au même plan. D’une défiance envers « l’autre », à celle envers les multinationales, le grand capital ou les « possédants »,  un agglomérat se consolide regroupant discours d’extrême-droite, d’extrême gauche, complotisme comme appel aux principes  de liberté… 

Aujourd’hui, c’est la « méthode scientifique » même qui est reléguée à un vulgaire discours au main des « puissants » et est jugée égale à toute publication anonyme sur les réseaux sociaux. La « vérité alternative » aura même eu raison de la vérité scientifique.

La situation actuelle a de nombreuses similarités avec l’émergence des « Tea Party » et de « l’alter-right » aux Etats-Unis et qui a ouvert là-bas la voie à la victoire de D. Trump.

Ce qu’on appelle « vérité alternative » n’est qu’un cache sexe pour les contre-vérités et manipulations de tout genre amplifiées par les réseaux sociaux. C’est une porte ouverte aux obscurantismes, qu’ils soient religieux ou non.

 Pierre Mendès France écrivait : « l’élément fondamental du système démocratique, c’est la vérité ». Ceux qui prétendent que nous sommes en dictature ou qui mettent en doute toute parole supposée « mainstream » soit-elle scientifique, devraient se rappeler ce que de tels discours ont produit par le passé.

Bien sûr tous les opposants à la stratégie vaccinale du gouvernement ne sont pas complotistes ou d’extrême droite.  Cependant, on voit la tentation de surfer sur la vague en prévision de l’élection présidentielle à venir.

Quand cela vient d’un Florian Philippot ou d’un Nicolas Dupont-Aignon, on ne peut s’étonner. Mais quand des élus de gauche en profitent pour souffler sur les braises de l’anti-macronisme et prétendent que le pass sanitaire serait un « pass autoritaire » et que ces manifestations seraient une « insoumission en action », ils jouent avec le feu. Le temps du « front républicain »  est bien mort au profit d’un confusionnisme de tous les dangers.

F. Sarkis

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